J’ai réouvert le dossier dessin de mon ordinateur pour voir ce qu’il y avait dedans. Et en fait c’était pas si mal, même plutôt bien. J’avais pourtant arrêté de dessiner car je supportait plus de systématiquement me décevoir, de toujours trouver ce que je fais moche, de ne jamais arriver à un résultat satisfaisant, de toujours finir par me sentir mal des échec que je continu d’accumuler, sans jamais être à la hauteur des exigences. J’avais besoin d’une pause et maintenant que j’ai vu que c’était bien ce que j’avais fait, j’ai mesuré l’énorme fossé entre ma perception et la réalité. Je savait qu’il était là, mais je ne l’avait jamais vu. Ca à été de courte durée, maintenant que je les ait bien regardés je les trouve à nouveau affreux et je doute à nouveau de la réalité de la taille de se fossé et même de son existant. Je pourrais sans soucis vous citer tout ce qui est raté en détail dans chacun de ces dessins…

Pourtant le dessin c’était mon échappatoire, là où je mettait mon attention, mon énergie, là où je donnait un espace pour montrer mes intérêts, puis plus tard là où j’exprimais tout ce qui me rongeait de l’intérieur sans être capable d’y mettre des mots.
Mais voilà j’ai eu beau dessiné j’ai continué d’être rongé jusqu’à ronger ma capacité à apprécier ce qui m’a le plus motivé dans ma vie.
Le dessin était une grosse part de moi il faisait partie de mon identité, mais tout ça n’est pas qu’une histoire de dessin… Ca à rongé toute ma vie, tous mes projets. En fait je n’ai jamais fait aboutir les projets que j’aurais voulut lancer, pourtant j’y tenait vraiment à cœur. Au début je les lançait puis les abandonnait, maintenant je me contente de les imaginer sans jamais les lancer. Tous tué dans l’oeuf. Pratiquement 40 ans de vie et toujours rien fait de ce que je voudrait. Pas de travail, pas d’argent, pas de compétences, pas de vrai maison, pas vraiment de famille, pas d’amis proche, pas de sorti, pas de passé, rien à raconté, rien que de la survie. Ca c’est un fait réel pas des « croyances ». Survivant, mais pas vivant. Je suis resté cet enfant qui arrête de bouger pendant des heures pour voir ce que ça fait d’être mort.
Quelqu’un m’a très tôt fait comprendre que mon corps n’avait pas de valeur, pas de limites à respecter, ne m’appartenait pas vraiment. Ensuite un parent m’a encré cet apprentissage en répétant que, je ce que je fais, n’est pas assez bien, que je doit faire mieux, sans pour autant m’aider. A côté, l’autre parent m’obligeait à dépasser mes limites et à ignorer mes besoins jusqu’à ce qu’ils disparaissent pour moi aussi.
C’est un venin qui est entré dans tout mon être et qui me ronge car tout est un échec, rien ne sera jamais bien. Et maintenant j’ai mon bourreau à l’intérieur, je lutte, je me tord je m’épuise à essayer de le changer, mais lui il ne bouge pas d’un pouce, il reste impassible à mes efforts et fait s’éffondrer d’un clignement de paupières, tous mes chateaux qu’ils soient de carte ou d’acier. Alors je n’ose même plus construire de chateau.
D’ailleurs nous verrons bien combien de temps ce projet tiendra, j’ai eu la force de le commencer, mais j’ai bien du mal à croire qu’il mènera loin ou qu’il ai le moindre intérêt. J’aimerais et je m’efforce d’y croire, mais au fond c’est là, ça attend son heure, comme elle vient toujours.
Je vais peut être me remettre au dessin et à l’artisanat. J’ai envie, je l’ai qui bouille en moi et qui veut sortir, mais j’ai peur de me remettre, encore et encore, dans cette profonde certitude d’être sans valeur…
Je connait déjà tout le bullshit pseudo-profond, les injonctions à croire en soit et être positif qui ne font que me sentir encore plus mal d’être à se point mauvais même dans le fait d’être mauvais… J’ai déjà tout intellectualisé, réfléchis dessus, compris que c’était pas réel, que c’est des traumas, tourné tout dans ma tête des heures et des heures pour comprendre chaque détails et même « parlé à quelqu’un » de ça. Ca ne change rien, la destruction arrive peut importe que je la comprenne ou que j’en ai parlé.
J’aimerais un remède, je sais qu’il n’y aura pas de magie, mais je me dit qu’il doit bien y avoir un moyen. Je continue d’explorer les ressources que je vous ai déjà partagés sur les traumas, mais en attendant, si vous avez du contenu, par et pour les concernés, concrets et réalistes j’aimerais beaucoup le connaitre.
Et puis si vous êtes dans la même galère j’aimerais bien le savoir comme ça on se sentirait un peu moins seul-es ensemble.
J’ai essayé d’être le plus vrai possible, de m’empêcher de lisser et polir tout pour rendre bien présentable. Par pour de la pitié, de la conpassion, de l’attention ou quoi. C’est pour être honnête sur ce que je vis, avec moi et ceux qui vivent la même chose.
